OPNI : quand le Vibe Coder oublie le bouton Stop

Le développeur augmenté par l'IA n'est pas toujours un super-développeur. Sans cadre ni bouton Stop, il devient surtout un développeur sans freins.

Depuis la Masterclass sur le Vibe Coding que j'ai donnée il y a quelques semaines pour Scanderia, je reçois de plus en plus de messages qui disent tous à peu près ceci :

« J'ai fait un truc en solo en 3 semaines avec l'IA. C'est propre, c'est full-stack, c'est beau. Mais j'ai besoin d'aide pour la suite. »

Je me suis même fait une plateforme (en Vibe Coding pour mesurer le phénomène) pour leur permettre de prendre rendez-vous avec moi.

Le phénomène OPNI

Et à chaque projet que je regarde, je constate le même phénomène, presque une pathologie : à pouvoir coder sans friction, coder pour la vibe, coder parce que c'est devenu trop facile de continuer, l'IA a supprimé le coût de la ligne de code.

En conséquence, plus personne ne réalise qu'il peut et qu'il doit savoir dire « Stop ».

Le résultat ? Des projets magnifiques, sur-architecturés, ultra-modernes... et totalement invendables.

Je les appelle des OPNI : Objets Programmés Non Identifiés.

Un OPNI, c'est :

Et surtout : un fondateur seul qui ne comprend plus son propre code au bout de 4 mois. Même avec l'IA.

La boucle de dopamine du Vibe Coder

Le Vibe Coder vit dans une boucle de dopamine pure :

  1. Il a une idée le vendredi soir
  2. L'IA lui sort 80 % du boilerplate en 2 heures
  3. Il se dit « tant qu'à faire, je vais faire propre »
  4. Il passe 300 heures à peaufiner l'architecture
  5. Il sort une V2 avant même d'avoir parlé à un client
  6. Il burn out ou abandonne quand il réalise qu'il faut maintenant vendre, maintenir, supporter

Conclusion classique :

Coder n'est pas créer de la valeur

Alors je dois revenir à l'essentiel et jouer un peu le rôle du rabat-joie, toujours avec bienveillance, mais avec fermeté : tu as juste confondu coder avec créer de la valeur. L'IA t'a donné une Ferrari sans permis de conduire ni route.

J'ai un respect infini pour le travail fourni. Que vous soyez développeurs ou apprenti Vibe Coder, pour moi l'effort est magnifique. Mais le seul juge, c'est l'adoption par le client. Et il est bien plus simple de vendre une seule idée, simple, qu'un OPNI à tout faire.

Tous hyper compétents. Tous seuls. Tous à zéro euro de revenu.

Le pire ? Même Claude, Cursor et Codex ne comprennent plus leur code au bout d'un moment.

La suite logique

C'est la suite logique de la crise que j'avais décrite dans mon précédent article. On a cassé la transmission. On a tué la vision produit. On a remplacé « comprendre, concevoir, maintenir » par « livrer, livrer, recycler ».

Résultat : une génération qui sait faire des cathédrales... mais qui ne sait plus faire une cabane qui rapporte 500 euros par mois.

L'IA n'a pas tué l'emploi de développeur. Elle a tué le bouton « Stop ». Et avec lui, toute notion de contrainte saine.

Alors oui, tu peux tout faire seul maintenant. Mais si tu fais trop, tu ne vends rien.

La compétence décisive

La vraie compétence 2026-2030 ne sera plus de savoir coder plus vite. Ce sera de savoir s'arrêter. De savoir dire : « Ça suffit. Ça marche. Je vais maintenant parler à 100 clients au lieu d'ajouter une couche de plus. »

Ça n'est pas un phénomène récent : j'en ai fait les frais à de multiples reprises avec des partenaires qui en voulaient toujours plus sans savoir dire non. Mais il se trouve que chez les nouveaux Vibe Coder, c'est une tendance qui apparaît immédiatement alors que je les pensais plus à même d'avoir ce recul.